L’intelligence artificielle n’est ni une solution miracle ni une menace existentielle. Elle représente une opportunité de croissance majeure, comparable à l’avènement des technologies de l’information il y a vingt ans. Pour les éditeurs et fournisseurs de services IT, l’impact est clair : ceux qui sauront en tirer parti pourraient au minimum doubler leurs revenus en dix ans
Impact sur le PIB de l’U.E.
Une croissance annuelle supplémentaire de +0,7 %
Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, estime que l’IA pourrait augmenter le PIB de l’UE de 0,7 % par an pendant dix ans. Cet impact, bien que significatif, reste maîtrisable et serait comparable à celui des TIC dans les années 1990-2000.
Source : Collège de France, allocution « Opportunités économiques, enjeux juridiques, défis sociétaux »
Le PIB de l’Union Européenne s’élève à environ 18.000 G€ (2024), valeur totale de tous les biens et services produits dans les 27 États membres. A noter que les services représentent 74 % du PIB de l’U.E. (et encore plus en France).
+0,7% par an représente un surcroît de +126 milliards d’euros par an. C’est considérable (de l’ordre de l’impact des TIC dans les années 1990/2000), mais ne représente pas un choc insoutenable.
Deux points clés à retenir :
- Risque de concentration : Le manque de compétition dû à la domination de quelques acteurs (Nvidia, Amazon, Microsoft, Google…) pourrait limiter la répartition équitable de la valeur créée, surtout en Europe.
- Impact positif sur l’emploi : L’automatisation des tâches administratives serait compensée par une hausse de la productivité globale, créant de nouveaux emplois dans d’autres postes.
Evidemment, comme toute prédiction, celles-ci sont destinées à être démenties par les faits. Mais l’expérience et les données acquises au cours de la transformation de l’économie par les TIC nous semblent être assez solides pour soutenir ces indications raisonnables.
Rôle clé des applications
Les applications font partie de chaque activité professionnelle. Il est naturel qu’elles intègrent progressivement des fonctions liées à l’IA, que ce soit pour augmenter la productivité, simplifier les usages et innover par l’introduction de fonctionnalités encore insoupçonnées.
Un usage quotidien et croissant
En effet, les applications métier sont omniprésentes dans le monde professionnel. En moyenne :
- Un employé de bureau utilise 11 à 15 applications par jour (Gartner, Stratapp).
- Une commerciale en utilise 8 à 12, tandis qu’un développeur peut en utiliser jusqu’à 15.
Pour détailler davantage :
➜ Un employé administratif utilise 5 à 8 applications (email, ERP, Excel, outil de visioconférence, etc.).
➜ Une commerciale utilise 8 à 12 applications (CRM, PowerPoint, Excel, LinkedIn, outils de prospection, etc.).
➜ Un développeur utilise 10 à 15 applications (IDE, Slack, Jira, GitHub, outils de monitoring, etc.).
Les estimations sectorielles suggèrent une durée d’utilisation des applications allant de 1h30 à 3h/jour en moyenne, selon le rôle et le secteur. Ce temps peut monter à 4h-5h/jour pour les métiers très digitalisés (tech, data, marketing).
Analyse par taille d’entreprise
Par ailleurs, les recherches sur les portefeuilles applicatifs (SaaS + apps internes) montrent que :
- Les très grandes organisations (≥ 1 000 salariés) ont souvent 200 à 500 applications au total.
- Pour leur part les PME (10–250 salariés) tournent plutôt entre 20 et 100 applications.
- Enfin les TPE (< 10 salariés) utilisent généralement moins de 20 applications.
Même si un employé ne les utilise pas toutes, un parc applicatif plus large augmentera mécaniquement le nombre d’outils auxquels un salarié est exposé.
Les éditeurs, acteurs clés de l’impact économique
Pourquoi les éditeurs de logiciels concentrent-ils les bénéfices de l’IA ?
Les éditeurs d’applications métier ont un rôle précis : mutualiser savoir-faire et R&D.
Leur objectif est clair : accélérer les déploiements, simplifier les mises à jour et réduire les coûts pour leurs clients.
Grâce à cette spécialisation, chaque entreprise peut accéder aux meilleures technologies sans avoir à développer ses propres compétences ni à assumer les coûts associés.
Ce modèle crée un effet multiplicateur puissant. En effet, un seul éditeur peut toucher des centaines d’ETI, des milliers de PME et des dizaines de milliers de TPE. Ainsi, des milliers d’organisations en profitent directement.
Toucher rapidement des millions d’utilisateurs
En France, les PME et TPE représentent plus de 50 % des emplois salariés. Ces entreprises n’ont ni le temps ni les moyens de développer leurs propres applications. Elles préfèrent donc s’appuyer sur des solutions SaaS proposées par des éditeurs. Cela leur permet aussi d’éviter les contraintes techniques.
Même les grandes entreprises, bien qu’elles aient plus de ressources, utilisent souvent ces solutions. Elles les adaptent ensuite selon leurs besoins spécifiques.
Conséquences économiques
Des dépenses significatives
Au sein de l’UE, les dépenses IT représentent environ 1300 G$, soit 1100 G€, ce qui représente 6,1% du PIB de l’Union. Au sein de ces dépenses, les applications seules pèsent 250 G€, soit 1,4%
Impact de l’IA : un doublement du CA des éditeurs
D’une façon ou d’une autre, les éditeurs capteront leur part de cette valeur nouvellement créée.
Si on accepte la prévision de Philippe Aghion, et que les +0,7%/an sont partagés à égalité entre les fournisseurs TIC et leurs clients entreprises, et aussi que les proportions actuelles entre les logiciels et les services IT restent identiques, alors on peut estimer que
- Les applications contribueront à une augmentation annuelle du PIB de 290/(290+490) = 37% * 0,7% = +0,26%/an, soit encore (pour l’UE) de +47 G€/an ;
- Le chiffre d’affaires des éditeurs d’application augmentera de 47/2 = 23,5 G€/an soit +8,1%/an. Soit encore x2.2 sur 10 ans du seul fait de l’ajout de valeur portée par les services d’IA intégrés aux applications.
Evidemment, il y aura des perdants et des gagnants. Les premiers décrocheront, les seconds surperformeront nettement.
- Perdants : ceux qui ne prennent pas l’opportunité à temps, ou qui se limitent à des fonctionnalités décoratives ;
- Gagnants : ceux qui exploiteront leurs monopoles (notamment les GAFAM), et aussi les éditeurs qui démarrent tôt et construisent sur la durée.
Une opportunité à saisir
Les gros joueurs tenteront de constituer et de maintenir leurs monopoles et trouver des sources de revenus pour absorber leurs investissements (déraisonnablement ?) massifs dans les centres de calcul.
A vrai dire, on le voit déjà dans l’augmentation des tarifs Microsoft. Ça ne tardera pas avec Open AI et les autres. Et si ce n’est directement (prix des tokens), ce sera indirectement (inflation du nombre de tokens nécessaires à l’exécution de tâches finalement pas si complexes).
Heureusement il y a d’autres solutions, aussi efficaces, plus économes, moins énergivores, souveraines et performantes.
Pour conclure : Il y a toujours de bonnes raisons pour regarder passer les trains – ou y embarquer résolument. Ça a été le cas pour l’Internet et le cloud, ça le sera pour l’IA. A chacun son chemin.
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